• Mathieu Marchand

Être une startup au temps de la Covid

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Notez que j’utilise le mot startup dans le titre pour des raisons de recherche Google. Il y a une belle expression française pour cela : jeunes pousses. J’encourage tout le monde (dont moi-même) à l’utiliser.

Je suis entrepreneur depuis 2015. Après une première aventure dans le domaine du jeu qui n’a pas viré comme je le voulais, je suis revenu à mes racines d’économiste et j’ai replongé dans le bain de entrepreneuriat. Évidement, les deux ne sont pas pareils : d’un côté je voulais vendre un produit (potentiel illimité), maintenant je vends des services (essentiellement, je vends mon temps).

All-out-War® : mon jeu de guerre sur table 100% en impression 3D…quand pas assez de monde avait une imprimante 3D.

J’ai quand même eu l’occasion d’apprendre énormément de choses sur la réalité de terrain pour démarrer une entreprise. Ça me fait me demander: est-ce que j’aurais été capable de faire cette aventure si le coronavirus était arrivé en 2015? Il y a plusieurs difficultés auxquelles il faut réfléchir si on veut une économie qui se relève rapidement.

1- L'entrepreneuriat, c’est un sport de contacts


« J’ai une idée que je voudrais te montrer, viens-tu prendre un café? »

Voici la phrase qu’on entend plus souvent qu’autrement dans le monde des entrepreneurs. Phrase qui, désormais, obtiendra comme réponse «Es-tu malade? » (il plusieurs sens dans cette réponse).

Tout, dans la vie d’un entrepreneur, est une question de contacts. Voici un résumé de quelques activités qui figuraient à mon agenda en 2015-2016-2017 :

  • Courir les salons, les événements.

  • Multiplier les rencontres, faire d’innombrables poignées de mains.

  • Chercher un mentor ou un coach d’affaire. La relation consiste généralement à se rencontrer au restaurant une fois par mois pour jaser.

  • Courir les spécialistes pour démarrer : comptable, avocat, experts-conseils.

  • Chercher du financement. Aller voir papa, mononcle, matante, le banquier, deux banquiers, trois banquiers.

  • 5 à 7. 5 à 7. 5 à 7. Diner-conférences. Déjeuner-conférences. Chambres de commerce.

  • Courir après les fournisseurs potentiels, les clients potentiels et les investisseurs potentiels.

  • Préparer son elevator pitch (appelons donc ça sa proposition d’ascenseur) : c’est-à-dire résumer son projet en 30 secondes pour accrocher un riche investisseur qui n’a pas l’intention d’écouter plus longtemps.

  • Se payer un bureau (une section de table avec un tabouret bien souvent) dans un incubateur ou un accélérateur.

Vous voyez l’idée?

Vous pouvez avoir la meilleure idée au monde, si vous restez seul, vous allez échouer. Pour bien des gens ordinaires qui se lancent en affaire, le réseau de contacts part à 0. Il faut tout faire pour construire son réseau.

Maintenant, on fait ça comment à l’ère de la Covid?

2- Les stratégies gouvernementales sont concentrées dans les incubateurs et les accélérateurs


Incubateur. Accélérateur. Ces mots ne vous font pas peur dans un contexte de virus?

Ces bureaux de travail partagés destinés aux jeunes pousses sont des endroits formidables, je dois l’avouer. D’abord, je n’ai nul besoin à ce moment-ci de vous expliquer les bienfaits de sortir de son confinement à la maison pour rencontrer de nouvelles personnes : je pense qu’on le vit tous. Ensuite, on y rencontre plein de nouveaux entrepreneurs, comme nous (et dont le 4/5 ne survivra pas, comme nous 😉 ). On partage, on échange et on grandit ensemble. Bien souvent, des collègues se lancent dans un domaine dont vous avez justement besoin : vous devenez son premier client, il devient votre premier fournisseur. Plusieurs experts sont affiliés aux incubateurs : nul besoin de chercher un avocat ou un expert-conseil, il y en a un de disponible, du moins pour une première rencontre. Des conférences presque hebdomadaires sont organisées. Si on n’est pas du genre à garder une trace de la date des événements importants, on est sûr que quelqu’un dans l’endroit tient un agenda serré.

Bref c’est réellement comme aller à Poudlard pour les entrepreneurs.

Ce faisant, le gouvernement, depuis plusieurs années, a concentré ses programmes d’aide et ses stratégies sur ces endroits. Ils ont poussé comme des champignons partout au Québec (la stratégie est devenue virale! Oh oh!). Ça a été efficace : le Québec a montré une excellente performance au chapitre des jeunes pousses, des nouvelles entreprises d’envergure ou des investissements en capital de risque depuis au moins 5 ans. À preuve : il n’y a plus de boomers parmi les Dragons. 😉

Maintenant, les incubateurs et les accélérateurs, au temps de la Covid, est-ce encore une bonne idée? Soudainement, l’entrepreneur isolé dans son sous-sol respecte les règles de confinement après tout. Il peut montrer son projet tout en aidant la société à réduire la propagation du virus. Il ne paie plus d’espace de travail et conserve ses liquidités en ces temps difficiles. La jeune pousse de sous-sol est un citoyen exemplaire en temps de pandémie! Il faudrait peut-être rediriger les programmes d’aide de son côté!

3- Les salons et les événements


Il y en a! Pour les débutant à leur première expérience de démarrage d'entreprise, vous pouvez facilement engloutir tout votre budget dans ces activités sociale sans jamais avancer votre projet! Il y a des salons et festivals consacrés aux entrepreneurs : le Startup fest ou l'Expo-entrepreneur sont les plus importants. Pour les technos : le Web à Québec ou les différents Hackathon. Dans mon cas, j’avais le Salon du jeu et du jouet, les différents Comicon, les différents tournois de gamers et des démonstrations dans des boutiques.


Ça aussi, c’était un phénomène en effervescence. Les salons, expos et événements se multipliaient avant le confinement. Je n’y ai jamais brassé de grosses affaires, mais ce sont des endroits pour se faire connaître et connaître du monde. C’est par là qu’on passe pour débuter son réseau de contacts: rencontrer une première personne qui connait du monde qui connaissent du monde. Sauf que ce genre d’activité est tout en bas de la liste dans les procédures de déconfinement présentement. C'est aussi dangereux qu'un concert de musique dans un espace clos. On peut oublier, je pense, ce genre d'événements pour les temps à venir.

Je n’ai pas de solution à proposer, je fais confiance à l’intelligence collective


Honnêtement, c’est un domaine où l’intervention trop invasive du gouvernement peut faire plus de mal que de bien. Il ne faut pas chercher UNE solution.


Nous sommes dans ce que j'aime appeler une période Darwinienne, où nous devons nous en remettre à l’ingéniosité d’une multitude d’individus. Le Hivemind qu’on appelle en anglais: le résultat de la mise en commun des cerveaux. Quelques-uns parmi eux auront des bonnes idées, les autres les imiteront. Ceux qui innoveront pour créer des rencontres en lignes, pour se faire connaître ou rencontrer des gens virtuellement, pour créer des événements réseautage virtuels populaires, pour créer de nouvelles relations-clients sans contact physique, prendront la tête du peloton. Ils traceront la voie à suivre pour les autres.


Le gouvernement aurait cependant la mission de s’enlever du chemin. Sélectionner une solution sur la base d’un lobbyisme efficace tandis qu’il peut en exister des plus valables sur le plan économique est contre-productif. Le libre marché doit décider quelles sont les meilleures solutions. C’est un processus d’essais et erreurs, de leaders déchus remplacés par d’autres. (Par exemple: le 12 mars, j’utilisais Skype; le 13 mars, j’utilisais Zoom).


Surtout dans le monde virtuel : comme dans le film Highlander, il ne peut en survivre qu’un seul! Le gouvernement doit faire attention de ne pas favoriser une mauvaise solution (ce qu’on appellerait dans le langage des tests de coronavirus : des faux positifs!). Je vais aller on record pour cibler le Panier Bleu comme un exemple de mauvaise solution : il y avait déjà d’autres initiatives, dont Ma Zone Québec, qui ne quémandaient aucune aide pour se lancer. Le gouvernement leur a plutôt dressé un obstacle (l’argent et l'attention médiatique est maintenant redirigé vers le Panier Bleu). Pendant ce temps, le véritable adversaire est encore Amazon.


Finalement, la construction des multiples stratégies pour stimuler l’innovation, par tous les paliers d’administration publique, ont toutes été conçues en considérant des lieux physiques. Beaucoup d’argent de ces subventions se sont arrêtées aux incubateurs et aux accélérateurs, plutôt qu’aux entrepreneurs, d’ailleurs. Il faudrait une profonde et rapide remise en question de la façon d’acheminer l’argent vers le destinataire final : l’entrepreneur, l’innovateur, la jeune pousse.



D’ici là, prenez-soins de vous.

Mathieu Marchand

Le Vulgaire Économiste

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