• Mathieu Marchand

Covid 19 - 10 commandements pour un retour au travail (et à l’école)

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Ne vous méprenez pas, je veux que l’économie redémarre au plus vite et j’espère même secrètement que nous serons plus rapides (à sortir de ce confinement) et plus durables (à éviter les prochaines vagues) que nos voisins. Cependant, en grand germophobe et hypocondriaque que je suis, j’aimerais aussi qu’on réussisse à sortir le virus de notre territoire, garder les frontières fermées un temps et vivre une vie à peu près normale sans trop de risques. Le Québec a été le peuple le plus discipliné du continent selon une étude de Google[1], je n’ai aucune raison de croire que le confinement n’a pas marché. À la suite, il faudra étouffer chaque nouvelle éclosion dans l’œuf. Bien égoïstement, je préfère me rendre au vaccin sans attraper le virus.


Je suis sûr que le gouvernement planche sur tous ces plans d’un point de vue de santé publique. J’aimerais ajouter ma façon de voir les choses, du point de vue économique.


Tout le monde dit, « Nous devrons apprendre à vivre avec le virus ». Concrètement, ça veut dire quoi? Comment? Selon les experts, et les messages semi-voilés lancés par les gouvernements, nous pouvons nous attendre à d’autres vagues dans les prochains 18 mois. Il faudra identifier rapidement, encercler, isoler, étouffer les nouvelles éclosions. On voit ce que deux ou trois semaines de liberté peuvent donner à ce virus. Il y aura des fermetures et réouvertures à répétition : régions, lieux de travail, commerces, écoles, résidences.


En terme économique : il y aura réduction de l’offre de travail. Point.


Ça « tombe bien », parce qu’il y aura beaucoup de nouveaux chômeurs pour pallier cette réduction. 10%, 15%, 20% de taux de chômage au sortir de la crise? Je ne sais pas. Une chose est sure : il y aura de la main-d’œuvre disponible pour remplacer ceux qui ne peuvent plus travailler autant. Il faut les utiliser, les intégrer à la solution.


Comment alors, nous, la société civile, les entrepreneurs et les travailleurs, les parents de jeunes enfants et enfants de vieux parents, devons-nous nous adapter pour que ça fonctionne?


1- Les malades et les sains, nous identifierons


L’idée d’applications-miracle pour connaître les risques sur notre téléphone circule à plein ces temps-ci. L’idée est bonne, mais peut-être complexe pour rien. Un simple bracelet de couleur, il me semble, suffirait. Je lance l’idée comme ça.


  • Jaune : « Je suis à risque. Je ne sais pas si je l’ai, je ne veux pas l’attraper S.V.P. »

  • Vert : « Je sors d’une quarantaine de 14 jours et j’ai été testé négatif. Je n’ai pas croisé de bracelet jaune ou rouge. Je suis quand même susceptible d’attraper le virus, S.V.P. gardez vos distances. » Des bracelets verts pourraient se réunir en petits groupes, faire des soirées sympathiques cet été. C’est un système de confiance entre amis. Il faut nous permettre ça.

  • Rouge : « J’ai des symptômes. » (En fait, tu ne devrais pas voir mon bracelet, parce que je suis supposé être chez nous en quarantaine!)

  • Blanc : (Distribué par le gouvernement, avec un code barre.) « Guéris et non-contagieux, ayant réussi un test d’anticorps ou obtenant un vaccin. » « Cleared for duty sir! »


Évidemment, il y aura des niochons qui feront n’importe quoi. Nous ne devons pas gouverner pour les idiots. La majorité serait capable d’utiliser un tel système comme des adultes. Nous avons bien appris à nous laver les mains! La clé ici est qu’il s’agit d’un système de confiance entre personnes qui se connaissent. Ce n’est pas une licence pour faire un câlin à un inconnu. Ce sera déjà une efficacité de gagnée.


2- Un employé qui prend ses congés de maladie, tu ne persécuteras pas


Cet employé ne doit plus être vu comme un paresseux, c’est plutôt un employé responsable! Et de toutes façons, ce seront les ordres de la santé publique : au moindre symptôme, nous devrons aller nous faire tester et nous isoler 14 jours. L’employeur devra être compréhensif. Et la culture générale au travail devra changer.


Tant que le coronavirus subsistera dans la nature, un même employé pourrait être sujet à plusieurs événements d’isolation dans une même année. Par exemple, il peut y avoir un cas détecté sur les lieux de travail, puis un enfant à l’école, suivi d’un employé d’un magasin grande surface. Les 3 fois, le gouvernement lui ordonnera de s’isoler. Nous n’avons pas le choix.


La mesure sera coûteuse. Le gouvernement ne peut pas tout payer. Les employeurs devront faire leur part. Les travailleurs aussi. Il faudra revoir tout le package de congés de maladies et de vacances dans les normes du travail ainsi que dans les conventions collectives. Ce n’est pas gagné.


3- Un patron ou un collègue non-sécuritaire, tu dénonceras


Le gouvernement devra appuyer les employés qui ne se sentent pas en sécurité, tout en faisant attention aux chialeux professionnels et aux groupes revendicateurs qui tenteront de profiter de la situation. Le travail redevenant une denrée rare, j’ai surtout peur au power trip de certains employeurs et de pratiques déraisonnables envers les employés. Le profit ne devra pas prendre le dessus sur la sécurité et la santé du public. Surtout avec ce virus, ce n’est pas potentiellement une seule personne qui sera contaminée, c’est la formation d’une nouvelle chaîne de contamination qui est en jeu.


De la même façon, un employé qui met en danger ses collègues de travail en refusant de respecter les consignes ne peut pas être toléré. Beaucoup de malchanceux plus responsables auront besoin d’un emploi.


4- Ton enfant qui morve, à l’école tu n’enverras pas


Je dois dire que toutes mes grippes, mes rhumes (et mes nuits assis sur le trône) depuis la dernière décennie proviennent essentiellement de deux sources : ma fille et mon fils. Ils ont ramené ça directement de l’école ou de la garderie avant ça. Chaque fois, j’avais ou mes enfants avaient identifié le coupable le matin même. Le petit morveux dans le coin de la classe qui se fait dumper par ses parents, parce qu’ils doivent aller travailler. Et moi qui n’a rien demandé, je sais très bien ce qui s’en vient dans les prochains jours. Je n’ai pas envie d’endurer ça avec la Covid!


Il faudra changer ça. J’ai confiance au gouvernement et à son évaluation de la situation avant de rouvrir les écoles. J’ai moins confiance à certains autres parents! C’est surtout ça le problème. Il n’en faut qu’un seul qui tousse pour que toute la classe soit malade. (Pour les scientifiques: quel est le R0 du coronavirus dans une classe du primaire selon vous?) Et ça, c’est en ignorant la cours de récréation. Le comportement des parents, des employés et des employeurs devra changer!


On en revient aux points plus haut. Il y aura des congés de maladie, il y aura des fermetures. Les parents doivent être responsables, les patrons doivent collaborer. Il faut éviter le pire. Signaler et identifier tout enfant qui tousse, vider la classe, appeler les parents, attendre 2 ou 3 jours et se faire tester. Ça doit être comme ça.


Remarquez, si tous les enfants de l’école ont un bracelet vert….


5- Le parent ou le proche-aidant à la maison, tu supporteras


Les écoles sont susceptibles de fermer à répétition, sans avertissement. Ça va être un casse-tête pour les familles, et évidement, infiniment plus pour les monoparentaux. Je n’ai hélas pas d’expérience de monoparentalité, je ne peux pas me prononcer sur ces cas. Je connais, en revanche, assez bien l’autre situation.


L’aide financière d’urgence s’est imposée sans même se poser de question pour les parents qui ont dû s’occuper des enfants à la maison après la fermeture des écoles. Cela allait dans la normalité des choses. La situation se reproduira. Il faudrait peut-être normaliser un système? Un parent à la maison peut faire du télétravail également. Au moins à temps partiel.


Un parent à la maison permet de libérer de l’espace dans les écoles pour la distanciation sociale. Un parent à la maison permet à son conjoint de continuer de travailler au maximum en cas de fermeture d’écoles.


Je travaille à la maison depuis 2015. Je connais la valeur d’être un papa à la maison, mais je pense que beaucoup d’autres parents l’ont découvert dernièrement. Mes enfants sont calmes, heureux malgré les circonstances. Ils apprennent bien avec nous, et comprennent très bien la mécanique de transmission du coronavirus! 😊 Ils ne vivent pas avec un horaire surchargé non plus et découvrent à être simplement des enfants. L’apprentissage est dans toutes les petites choses de la vie : du montage de photo et de vidéo pris avec sa tablette à la construction de playlist Spotify. On a peut-être une richesse en tant que société à redécouvrir.


La situation est la même pour les enfants de vieux parents. On comprend bien que les CHSLD et les centres de personnes âgées sont le point faible de notre système. Nous voudrions peut-être sortir nos parents de là et les ramener à la maison.


Tout cela implique un sacrifice de la part du parent/enfant volontaire (oui messieurs, vous devriez être 50% à faire ce choix. Oserais-je demander d'instaurer des quotas?) Il faut le compenser monétairement. 1000$ par mois? 2000$? Ça demeure moins cher que de staffer les écoles, les services de garde et les CHSLD.


6- Le 9 à 5 du lundi au vendredi, tu oublieras


Jusqu’ici, je ne semble que parler de congés et de travailler moins. Ce n’est pas mon désir, c’est ce que j’anticipe qui va arriver, impératifs de santé publique obligent.


L’économie, ce n’est pas de l’argent, c’est ultimement le résultat de toutes nos heures de travail. Si on veut une économie qui se relève de la plus grande paralysie jamais enregistrée depuis la peste bubonique, nous devrons tous travailler le plus possible. Nous devons faire le maximum d’heures de travail d’ici le 31 décembre 2020, sous contrainte de distanciation sociale, sous contrainte de risques de fermetures, sous contraintes d’horaires modifiés pour ne pas engorger les réseaux de transport en commun (bons pour la planète, mauvais contre un virus). Nous devrons travailler quand nous le pourrons. Prolétaires, nous devrons faire des sacrifices nous aussi.


Pensez-y. Il y a 3 blocs de 8 heures dans une journée. Il y a un bloc de 4 jours et un bloc de 3 jours dans une semaine. En économie de guerre, avons-nous le luxe de nous reposer la fin de semaine?


Ça veut dire peut-être sortir des normes sociales. Sortir des heures de travail normales. Sortir du satané lundi au vendredi peut-être même! Ça veut dire peut-être oublier le concept de vacances pour cette année, nous devrons prendre bien assez de congés d’isolation.


7- En équipes de travail, les employés tu formeras


À la fois pour faciliter la vie aux familles avec les fermetures d’école et pour éviter la propagation du virus à un trop grand nombre, il faudrait peut-être former des équipes fixes parmi les travailleurs.


Actuellement, si un travailleur présente des symptômes, nous plaçons tous les employés en quarantaine et fermons le lieu de travail[2]. Le prix économique est lourd et il faudra le diminuer, quitte à prendre un peu plus de risque.


L’idée est simple : former des équipes et des groupes fixes. Prévenir toute forme de contacts entre ces groupes, idéalement sur et hors des lieux de travail. Si un employé d’un groupe est infecté, nous pourrions prendre la chance de n’isoler que ce groupe, tout en surveillant les autres groupes pour voir si cette stratégie fonctionne.


En même temps, puisqu’il semble acquis que nous voudrons modifier les heures de travail pour ne pas engorger le transport en commun, puisque les familles risquent de devoir se partager l’horaire de garde à la maison, former des groupes de travailleurs semble la suite logique des choses.


L’entreprise privée devra trouver des moyens de le faire, le gouvernement n’est pas outillé pour une tâche de cette envergure.


8- Les bureaux tu distanceras, des lavabos tu ajouteras


La réorganisation des lieux de travail verra une demande explosive! Votre entreprise bat de l’aille depuis la fermeture et vous doutez de la pérennité future de votre marché? Je vous suggère de regarder ce marché!


Sur les lieux de travail, il faudra respecter le 2 mètres de distance. Ça implique une réorganisation des bureaux ou des chaines de production, ajouter des vitrines de protection comme à l’épicerie, des portes automatiques sans contact. Il faudra une routine de désinfection : des produits accessibles aux employés, des lampes à rayon UV, une culture d’auto-nettoyage des postes de travail, des entreprises de nettoyage spécialisées qui viennent plus régulièrement.


Plusieurs employés passeront au télétravail, au moins à temps partiel. Outre le bureau à la maison, l’entreprise devra s’équiper en conséquence pour garder le contact avec tous ses employés, même ses clients et ses fournisseurs. Webcam et micro de qualité. Compte Zoom. Compte Slack. Système de serveur et gestions de fichiers efficace. Il y aura de l’investissement en technologies. Très peu de technologie est malheureusement faite au Québec. Nous pouvons à tout le moins développer plusieurs entreprises de service pour aider à la mise en place de cette nouvelle réalité.


Petit conseil pour terminer : ne commencez pas à vous jetez sur les distributrices à Purell, il n’y en aura pas pour tout le monde. Appelez plutôt le plombier, faites sortir 2 tuyaux et placez des lavabos dans les bureaux, sans porte à toucher. Le savon est très efficace contre le coronavirus, inutile de sortir l’artillerie lourde.


9- Au télétravail, tu t’adapteras


Bienvenue dans la réalité des pigistes! J’ai déjà supervisé une employée qui me demandait de télétravailler une journée pour cause d’enfant malade. Je n’ai bien sûr absolument rien contre ça, mais j’ai tout de même envoyé un courriel avec un dossier ‘’urgent’’ à répondre vers 11h, pour vérifier. Comme de fait, je me fis répondre : ‘’Je vais prendre une journée de congé finalement, je te donnerai la réponse demain’’.


Le télétravail sur une base horaire est difficile à surveiller. Je comprends les employeurs à y être réticent. Sur une base de résultats, comme un pigiste, c’est la façon de faire. Mes clients me paient sur livraison du travail. Je le fais à l’heure que je veux, de la façon que je veux, au prix convenu d’avance. Je crois que naturellement, le travail migrera vers cette réalité.

Le secteur privé aura son rôle à jouer. Je crois qu’une multiplication d’agences facilitatrices pour lier employeurs et pigistes verra le jour. C’est une bonne opportunité commerciale, il faut la laisser au privé.


Il y a beaucoup d’autres choses que les gouvernements devront regarder dans leurs lois pour ne pas mettre de bâtons dans les roues de cette évolution. On l’a vu avec l’aide d’urgence, la distinction entre un travailleur salarié et un pigiste incorporé qui se verse des dividendes est un problème. Les deux sont pourtant un revenu. Peut-on arrêter de regarder un travailleur incorporé comme un riche abuseur du système? Est-ce que chaque pigiste doit absolument devenir un entrepreneur, appeler un avocat pour comprendre comment ouvrir son entreprise? N’y aurait-il pas moyen de simplement permettre aux gens de travailler sans complexifier par un facteur 1000 la paperasse et les impôts que le changement de statut implique? Si le gouvernement peut faire quelque chose dans ce dossier, c’est d’ajouter une bonne dose d’huile pour bien lubrifier la mécanique du code du travail et de la fiscalité. Il y a du travail à faire à ce niveau! Au boulot!


10- Les nouveaux chômeurs, tu utiliseras


Jusqu’ici, je discute de l’offre de travail qui va diminuer. Mais nous aurons un taux de chômage que nous n’avions pas vu depuis au moins les années 1980. Il y aura de la main d’œuvre disponible. Il faudra l’utiliser.


De nouveaux besoins poussent déjà : livraison, gardiens de sécurité, équipement de protection, réarrangement des lieux de travail ou bureaux à la maison. C’est une nouvelle réalité. Ce qui se perdra en tourisme, en hôtellerie, en événements ou en restauration, d’autres opportunités pousseront. La main-d’œuvre ne sera pas nécessairement formée pour ces nouveaux emplois. Il faudra l’appuyer plus efficacement qu’auparavant avec de la formation axée sur les besoins immédiats.


L’offre de travail diminuera. Les horaires de travail seront différents. C’est l’occasion de partager les tâches qu’il y a à accomplir entre toute la main d’œuvre disponible.


Ici aussi, le gouvernement a un rôle à jouer. Dans les lois fiscales, dans les cotisations aux programmes sociaux, l’employeur devrait être indifférent entre embaucher un employé 40h ou deux employés 20h. Il devra être indifférent entre un employé salarié à l’heure ou un pigiste rémunéré au résultat.


En conclusion


Je ne crois pas au scénario de réouverture rapide et que tout redeviendra comme avant. Les pays qui reviendront aux vieilles habitudes se verront aux prises avec de nouvelles vagues de coronavirus.


D’abord, les caractéristiques de contagion du coronavirus lui-même (le fameux R0, estimé entre 2.5 et 7), selon tous les modèles et toutes les études scientifiques que j’ai vus, laissent entendre que dès que nous baisserons la garde, la contagion risque d’exploser comme elle l’a fait en seulement 2 ou 3 semaines de liberté au début du mois de mars.


Ensuite, parce que la demande des consommateurs a changé, les priorités ont changé. Des secteurs vont souffrir, d’autre vont surgir de ces cendres. Une économie évolue, mute, elle aussi, comme un virus. Le creux arrive généralement avant le rebond. Nous aurons des chômeurs. Nous aurons de la misère humaine. Nous devrons profiter des nouvelles opportunités qui se présentent pour utiliser cette main-d’œuvre libérée. C’est un devoir collectif que le secteur privé doit faire s’il veut des clients qui ont de l’argent pour acheter ses produits et services.


Pour le gouvernement, ma plus grande peur est qu’il gaspille trop d’énergie à éteindre les feux, trop de fonds à tenter de sauver des entreprises qui naturellement doivent mourir, trop de sommes allouées à quelques géants gourmands au détriment du plus grand nombre. Ce faisant, il pourrait faire ombrage aux jeunes pousses qui auront besoin d’aide pour croître et prendre la place laissée vacante.



D’ici là, prenez-soins de vous.

Mathieu Marchand

Le Vulgaire Économiste



Sources:

[1] https://www.google.com/covid19/mobility/ [2] https://www.lapresse.ca/affaires/entreprises/202003/29/01-5266981-la-covid-19-provoque-la-fermeture-dune-usine-dolymel.php

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