• Mathieu Marchand

5 règles pour fêter Noël sans tuer grand-maman

Mis à jour : 13 déc. 2020



Ce texte a été écrit avant l'indiction formelle du gouvernement. En fait l'idée circulait depuis le mois d'octobre, à savoir de terminer l'école plus tôt pour profiter d'une quarantaine avant de fêter Noël, pour réduire les risques au maximum. En même temps, la société bénéficierait d'une mise sur pause pour ralentir la 2e vague. Les vacances des fêtes, que nous n'avions qu'à prolonger d'une semaine en aval et en amont, sont une occasion naturelle, au Québec, pour effectuer cette pause.


Je pense encore que l'interdiction n'empêchera pas les insensés à défier les règles sans prendre leurs précautions, et que nous pénalisons les sensés. Utiliser Noël comme carotte, plutôt que toujours recourir au bâton, aurait peut-être incité 20 ou 30% de la population à se mettre en confinement volontaire à partir du 10 décembre. Qui sait, cela aurait peut-être été suffisant.


Voici donc mes 5 règles sur comment procéder.


1. Quatorzaine stricte à partir du 10 décembre pour moi et les invités.

Ça nous amène au réveillon du 24 décembre en toute sécurité. Même principe que pour les voyageurs. Le gouvernement qui nous recommande une période d’isolation de 7 jours, c’est insuffisant. Son calcul est populationnel : ce sera suffisant pour 85% de la population, mais il y aura des accidents. Si vous ne voulez pas être cet accident, l’isolation idéale, c’est 14 jours!

Je sais que je vais suivre ma discipline et ma seule condition est que mes invités soient aussi disciplinés que moi. Sinon, ils vont fêter sur le banc de neige.


2. On sort les enfants de l’école le 10 décembre.

Les enfants peuvent être des tueurs silencieux. Ils peuvent être porteurs asymptomatiques. La plupart des enfants ont évité le contact avec les grands-parents depuis septembre, la contamination croisée ne s’est donc pas produite. Mais pour Noël, le risque est réel, et s’il est faible en probabilité (>0,1%), il est lourd en conséquence (la mort de grand maman).

La fin des cours le 17 décembre n’est pas suffisant. Votre enfant pourrait pogner la Covid le 16, ne pas avoir de symptômes, vous le transmettre le 20 et vous ne commenceriez qu’à tousser le lendemain du réveillon. Vous rappelez grand-maman en panique, mais...trop tard!

Le jeudi 10 décembre sera la dernière journée d’école de nos enfants. Nous en avons parlé aux enseignants, ils comprennent et confirment que ce n'est pas pendant cette dernière semaine de décembre qu'ils apprendront à envoyer une fusée sur la lune. Manquer 5 jours d’école n’est pas la fin du monde. Papa donnera un cours d’une heure sur l’histoire du Québec et sur l’économie, tous les jours s’il le faut. Kickboxing sur le punching bag en guise d'éducation physique. Année exceptionnelle, mesures exceptionnelles.


3. Costco le 9 décembre. Cadeaux achetés en novembre.

Ce n’est pas compliqué, pour que la quatorzaine stricte fonctionne, il faut zéro contact. Donc le congélateur remplit et prêt AVANT de s’isoler. Bon, il y a eu très peu d’éclosions dans les IGA depuis le début de la pandémie, j’imagine qu’aller acheter du lait pendant ces 2 semaines est permis, mais prière de ne pas s’attarder.

Désolé pour les hommes qui achètent leurs cadeaux le 23 décembre depuis des années, il faudra changer vos habitudes. D’ailleurs, dans mon cas, c’est tout bouclé à la fin novembre pour la première fois de ma vie!


4. Famille proche seulement. Membres dignes de confiance seulement.

Plus il y a d’invités, plus il y aura le risque d’avoir un fafouin qui ne respecte pas les consignes. En général, ils sont faciles à trouver : vous vous êtes déjà obstinés sur Facebook cette année! Bannis.


Pas d’accord avec ma proposition de retirer ses enfants de l’école le 10? Bannis.


Travaille dans une job à contacts jusqu’au 23? Désolé, bannis.


Cette année est faite pour la famille proche, le plus petit groupe possible.


5. Dans le doute, allez-vous faire tester.

Incapable de vous isoler 14 jours? Vous pouvez seulement le faire 5 ou 7 jours? Rien de mieux que la bonne vielle rame de chaloupe dans le nez pour avoir un supplément de sécurité! N’oubliez pas que les résultats peuvent mettre de 5 à 10 jours avant de rentrer, surtout si on est plusieurs à avoir la même idée. Il y a moins de gens qui sont prêts à faire la file d’attente le samedi, le dimanche et le lundi, à considérer également si vous ne voulez pas perdre trop de temps. À partir du jour du test, ne voyez plus personne!


Chiffer le risque


Ce n’est pas pour tout le monde. Je le sais. Je suis désolé pour ceux qui ne le peuvent pas. Personnellement, j’aurais décrété des fériés supplémentaires cette année, et fermé l’école plus tôt. Mais coudonc… Il y a quand même 10% de chômage actuellement et environ 30% de télétravailleurs selon les estimations. La plupart des grands-parents sont retraités et peuvent s’isoler. Ça fait quand même un paquet de monde qui peuvent fêter Noël. Je ne sais pas, mais je n’aime pas les cris et les appels pour les en empêcher.


Regardez le risque. Mes plus récents calculs montrent qu’il y aurait autour de 27 500 cas actifs au Québec. C’est 0,35% des Québécois, ou 1 zombie sur 305,5 personnes. (P.S. : je surestime beaucoup plus que le gouvernement!). Pour des détails sur comment je calcule, voir mon billet du 27 mars[1].



Qu'est-ce que ça veut dire, concrètement?

  • Si vous faites un party de 10 personnes, il y a 1 chance sur 30,5 qu’il y ait un cas de Covid (varie selon les régions, évidemment). Vous pouvez respecter le 2 m, porter le masque ou ouvrir les fenêtres par un beau -25 pour réduire jusqu’à 90% les chances d’être contaminé, le cas échéant! Et ça veut aussi dire que 29,5 partys sur 30,5 vont bien se passer! Et ça, c’est sans tenir compte d’une isolation avant le réveillon.

  • Si tout le monde s’isole 7 jours, ça élimine 85% des cas, alors c’est seulement 0,05% des party qui vont avoir au moins un cas. 1 sur 2240. Ça veut dire que 2239 partys sur 2240 vont bien se passer.

  • Si tout le monde s’isole 14 jours, ce sera pratiquement zéro party avec des cas.

  • Si vous voulez diviser le risque en deux, fêtez le 24 avec la famille et le 25 avec la belle famille. Si vous êtes contaminé le 24, vous ne serez peut-être pas encore contagieux le 25. N'attendez pas au 27. Et désinfectez le 25 au matin.

  • Si vous vous isolez après le party aussi, très peu de ces cas d’éclosion se rendront à la réouverture de l’école en janvier.

  • Dans le pire des scénarios, c'est une méga éclosion de 15 750 cas sur 4 jours. Mais ça n'arrivera pas, parce que 90% des gens vont être prudents.

Bien sûr, *vous* pouvez décider que c’est trop risqué pour vous. Et c’est bien parfait et compréhensible.


*Vous* pouvez décider que vous êtes trop risqué pour les autres, et c’est tout en votre honneur.


*Vous* pouvez décider que cousin Kevin, après tout l’été à lui faire comprendre que le virus n’est pas un complot 5G, n’est pas le bienvenu chez vous. Et c’est bien mérité.


Ne vous sentez pas obligé de *vous* mettre à risque pour un beau-frère ou une belle sœur. Vous pouvez dire non!


Mais comprenez aussi que d’autres en ont besoin. Ne les empêchez pas et arrêtez de jouer aux alarmistes. La grande majorité du monde sont assez intelligents pour comprendre et sont prêts à faire les efforts pour empêcher le moindre risque. Le gouvernement vous autorise à fêter, il ne vous y oblige pas.


Même pendant la première guerre mondiale, ils ont fait une pose à Noël[2], est-il utile de le rappeler?



Mathieu Marchand

Le Vulgaire Économiste


[1]COVID-19 au Québec: Estimer les cas fantômes (mathieumarchand.com) [2]Trêve de Noël — Wikipédia (wikipedia.org)

1,224 vues0 commentaire
 

Formulaire d'abonnement

  • Facebook
  • Twitter
  • LinkedIn

©2020 par Mathieu Marchand - Le Vulgaire Économiste.
Créé avec Wix.com